#2 Un potager qui rassemble : accédez à un trésor de biodiversité avec Graines de Troc !

Cet article s’inscrit dans le cadre du projet “Un potager bio qui rassemble”, le but étant de vous faire découvrir des personnalités qui échangent et partagent avec d’autres leur passion de la nature et du potager biologique.
Smilies s'argumentent  

Pour ce deuxième rendez-vous de la saga “Un potager bio qui rassemble”, j’ai le grand plaisir d’accueillir Sébastien du site internet “Graines de troc” : à la fois destiné à s’échanger des graines, c’est aussi un lieu privilégié de sensibilisation et de sauvegarde de notre biodiversité. Je vous invite donc à venir découvrir ce véritable trésor !
Smilie arrose sa fleur  

Après notre visite dans le potager de Sophie, nous suivons aujourd’hui Sébastien qui a répondu à mes questions. Je vous laisse découvrir cette belle interview emplie d’inquiétude pour notre patrimoine semencier ancestral, mais aussi de beaucoup de passion et d’optimisme. Merci Sébastien !

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Bonjour Madorre !

1. Une petite présentation de ton site Internet ” Graines de Troc ” pour commencer…

Graines de troc est un site d’échange de graines d’un nouveau genre. C’est un outil mis à la disposition des jardiniers qui désirent s’échanger gratuitement et librement les semences, prenant ainsi soin d’une biodiversité héritée de nos ancêtres.
Sa particularité réside dans l’usage d’un jeton qui révolutionne l’échange classique « entre deux », en l’étendant à « entre tous ». Cela change absolument tout. Plus besoin d’attendre de tomber sur le partenaire idéal, qui a les graines que je cherche et qui cherche les graines que j’ai !
Des conseils simples proposés sur le site permettent de s’initier à la conservation des graines.
Il n’est pas réservé non plus à quelques passionnés, mais ouvert à tous ceux qui veulent partager leurs graines, commerciales, ou auto-produites.
Tout est fait pour que l’utilisateur se prenne au jeu et tombe sous le charme des graines…

2. Que représente ce projet pour toi, quels ont été tes objectifs de départ ?

Je suis informaticien, en reconversion vers le maraîchage. Les graines étaient un passage obligé. En m’informant sur les variétés disponibles, j’ai réalisé bien vite l’immense déperdition par rapport aux variétés d’antan ( 75% des variétés cultivées ont disparus en 100 ans selon la FAO ). Phénomène irréversible, qui explique directement la pauvreté de nos étals et s’explique lui-même par les logiques commerciales des grands semenciers et de l’agro-industrie.
Pourtant, il me semble logique que pour des questions environnementales, préserver et utiliser la biodiversité est indispensable. Aujourd’hui, nous pouvons utiliser intelligemment toute la richesse des variétés locales, diversifier les goûts, les formes… Ce qui ne gâcherait rien au plaisir !
Ce projet était donc un moyen de faire ma part, qui me permet de cheminer vers ma nouvelle vie, et m’offre au passage de magnifiques rencontres.
C’est aussi très satisfaisant de réussir à allier deux outils, deux compétences aussi éloignées que l’informatique et les graines.
L’échange entre tous permet à chacun d’accéder à un trésor de biodiversité. Sur le site, à chaque échange, c’est un choix parmi plus de 700 variétés, d’un seul clic !
Il me semblait également important de sensibiliser à la question des semences au travers d’une veille sur l’actualité. Cette-ci s’intéresse aux semences mais aussi aux pratiques alternatives d’agriculture.
L’accessibilité à tous du site, sa simplicité d’utilisation était donc une priorité, qui m’a guidé dans sa conception.

“Nombre de variétés de légumes commercialisées en 1903 et en 1983, 80 ans plus tard”

3. Travailles-tu tout seul sur ce projet ?

C’est effectivement une initiative personnelle qui me tenait à cœur en tant que telle. Déjà, pour me prouver que je pouvais faire ma part, et offrir cet exemple, témoigner comme beaucoup d’autres qu’il est possible de changer, et d’agir.
J’ai heureusement été épaulé très souvent par mon entourage, mais également par de nombreux utilisateurs.
Convaincu que le site est une réponse pertinente aux problématiques actuelles, il me semble nécessaire d’ouvrir le projet en lui donnant une forme associative, pour aller plus loin à plusieurs.

4. Tu as certainement un petit jardin ou potager que tu cultives…

Pas vraiment… Depuis plusieurs années, je devais me contenter de mon balcon, des weekends occasionnels à la campagne, et des jardins partagés parisiens. Mais cela ne comblait pas mon besoin, loin de là !
Depuis quelques jours, nous avons déménagé à La Rochelle ou j’ai pu enfin commencer un jardin, quelques lasagnes, quelques buttes, bien que la saison soit déjà très avancée… Pourvu que l’été s’attarde !

5. Graines de Troc soutient notamment “les collectifs qui se mobilisent pour défendre la biodiversité cultivée, contre ceux qui confisquent le vivant et l’uniformisent à outrance ” : peux-tu nous en dire un peu plus sur cela…

De mon point de vue, l’uniformisation des cultures et des pratiques agricoles procède des intérêts des grands groupes agro-industriels et semenciers soutenus par la volonté politique et la législation. Concernant les OGM et les hybrides, les intérêts sont purement financiers et mettent en péril l’environnement, et la biodiversité.
Seulement tout cela va trop loin, nous ne pouvons pas laisser dépérir un patrimoine ancestral. Nous ne pouvons pas laisser la biodiversité s’effondrer, ou permettre son accaparement par des intérêts privés. De nombreux collectifs, comme Kokopelli, le Réseau Semences Paysannes, le Mouvement Colibris et beaucoup d’autres associations et citoyens mènent des actions, pour sauver ce trésor de la disparition ou de l’appropriation, que ce soit en France ou à l’international.
C’est en relayant leur action, en s’adressant à un public différent, que nous les soutenons, et en participant aux efforts de sauvegarde, des semences, mais aussi des savoir-faire.
Et si la loi venait à interdire ces échanges, ou condamnait ces semences à l’oubli, alors la désobéissance citoyenne serait de rigueur.

6. Selon les réglementations européennes, “seules les semences répertoriées au catalogue officiel peuvent être légalement commercialisées”. Sommes-nous donc ” hors-la-loi “… ?

Actuellement non, les échanges non commerciaux, entre amateurs et à titre conservatoire restent autorisés.
A ma connaissance, ce qui est interdit, c’est la commercialisation de variétés hors catalogue officiel.
Le problème a deux facettes : d’une part, nos variétés anciennes, hors catalogue officiel, ne sont plus entretenues, plus disponibles, et conservées seulement par des amateurs. D’autre part, le cadre réglementaire risque de devenir encore plus contraignant et liberticide.
Mais ce n’est pas parce que notre droit des jardiniers amateurs à troquer des semences est préservé qu’il n’est pas en danger. Il me semble important que tous, jardiniers et citoyens, soyons solidaires de nos agriculteurs, seuls à garantir la préservation de la biodiversité. C’est une question d’autonomie alimentaire.

7. Tu es l’heureux papa d’un petit garçon : d’une manière générale, penses-tu qu’il est important de parler de la nature et de la sauvegarde de notre environnement aux enfants ?

On peut se demander si nous serons capable de leur offrir des jours radieux vu la tournure que prend le monde ( climat, pollution, et autres crises… ). J’aime penser que oui, malgré tout… Les enfants, c’est l’optimisme, un optimisme choisi, résolu.
Parler aux enfants ne suffira pas, c’est avec toutes les générations qu’il faut que nous bougions. Y compris avec « nos vieux » qui ont tant à nous apprendre, tant de savoir-faire à partager et dont les innombrables petits conseils au potager comme ailleurs sont si précieux.
Mon arrière grande tante, hier encore, dans son magnifique jardin, faisait goûter à mon fils ses framboises. Ce faisant, elle me donnait de vieilles semences de haricot. Comme à chaque fois, je la taquinais sur son bidon de round-up ( qu’elle utilise sans doute très rarement ), cette fois je ne le voyais plus, elle me dit l’avoir jeté et ne faire maintenant plus que du bio…

8. Lorsque tu regardes tout le travail effectué jusqu’à aujourd’hui, en es-tu satisfait ? Comment vois-tu le futur pour le site ? Des projets ?

Je n’imaginais pas que le site grossirait aussi vite ni que le système fonctionnerait aussi bien. Au delà de la quantité de graines échangées, c’est tout une pratique qui reprend du sens pour beaucoup de gens. Le piège des graines fonctionne. Et chacun, à son niveau, petit à petit, s’enrichit de biodiversité, de techniques, et doucement se réapproprie la semence.
Le jeton, que l’on renommera peut être un jour, prend sa place. Je crois que c’est un bel exemple de monnaie complémentaire, un outil très intéressant pour reprendre certains aspects de la vie en main.
Le plus beau cadeau que ce projet m’a fait, c’est la générosité manifeste des échanges. C’est comme une maladie contagieuse provoquée par l’abondance partagée…
Le site doit encore s’enrichir de nombreuses fonctionnalités. Cela demande du temps de mise en œuvre, les conseils des utilisateurs sont bien notés dans une longue liste de tâches. Les échanges seront certainement encore plus simples, avec des suggestions, des échanges automatiques, des fonctionnalités plus étendues.
Il y a aussi le projet associatif, qui avec une forme collective pourra aborder d’autres sujets, comme je l’espère des séances de formation de particuliers à particuliers, au jardin, entre amateurs et néophytes.

9. Un site, une association, une personnalité… qui te tient particulièrement à cœur et dont tu voudrais nous parler ?

Au gré de toutes ces rencontres fantastiques depuis le début du projet, ce qui m’a le plus marqué, c’est un film que j’ai découvert l’année dernière : « La Voix du Vent, semences de transition ». Ce documentaire retrace un voyage du sud de la France vers Grenade, en Espagne, en parcourant des lieux en transition, où l’échange de semences prend tout son sens. J’ai pu rencontrer Carlos Pons, le réalisateur, en programmant des séances à Paris avec lui. Lors de cette rencontre, il m’a expliqué le titre du film : il y a comme une voix, qui nous parle à tous, et nous pousse à agir partout dans le monde. Elle est perceptible à travers toutes les initiatives positives qui naissent ça et là. C’est ça, la « Voix du Vent ». Ce message d’espoir m’a beaucoup touché.

10. Pour finir, un petit mot pour mes lecteurs, passionnés de nature comme toi…

Si je suis tombé, comme beaucoup, dans la magie des graines, et que je reste émerveillé par leur force de vie, c’est peut être parce que j’ai compris que tout cela avait un sens beaucoup plus profond, quant à l’autonomie alimentaire, quant à l’héritage de nos anciens, quant à la biodiversité si impérative au jardin. Mais la raison la plus forte, c’est avant tout ma gourmandise. Je ne retrouve nulle part ailleurs le bon goût d’une tomate chaude, mûre, d’une fleur de soucis ajoutée à la salade, d’un radis semé de la main de mes enfants…
Il s’agit pour moi d’une reconnexion à la nature plus que nécessaire à bon nombre d’urbains.
Il nous faut réaliser d’où vient la nourriture, les mauvais raccourcis que nous avons pris avec la chimie, et retrouver des plaisirs simples, comme une ballade au jardin ou sur ton site…
Je suis de plus en plus persuadé que nous trouverons au jardin des remèdes pour les innombrables maux de notre société, et je ne parle pas que de santé. De partout, des potagers renaissent. Sur les toits, en pied d’immeuble, les friches, les bacs… Visiblement, un besoin nous y pousse tous de manière irrépressible. Et pour moi il n’y a pas de doute, nous y semons les solutions de demain.

Depuis la rédaction de cette interview, une nouvelle initiative à vue le jour : la grainothèque ! Deux ont déjà été inaugurée. Alors, si vous aussi vous souhaitez semer une grainothèque, cliquez sur l’image !
 
Encore merci Sébastien pour avoir partagé ta passion des graines avec nous et laquelle, je l’espère, aura séduit beaucoup d’entre nous et fait de nouveaux adeptes des échanges de semences. N’hésitez pas à vous lancer en allant sur le site Graines de Troc et à créer votre liste de graines disponibles à l’échange ! Ensemble, cultivons la biodiversité !
Bises,
Madorre.
P.S : je vous laisse avec un petit jeu pour vous détendre ou pour vous endormir le soir : comptez les graines et donnez-moi vos réponses en commentaire !
bataille d'oreillers

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8 reflexions sur “#2 Un potager qui rassemble : accédez à un trésor de biodiversité avec Graines de Troc !

  1. Pascal Ceurtvriend

    Bonjour,
    A la suite d'un de tes articles sur le troc, je me suis inscrit sur graines de troc et j'ai proposé quelques variétés
    Certaines d'entre elles ont eu un succès immédiat 😀 .
    Au départ , on se prend au jeu et ensuite on comprend l'importance de la démarche.
    La saison prochaine , je vais récupérer beaucoup plus de semences que cette année pour en proposer davantage en troc.
    Merci pour cet article qui me permet de découvrir Sebastien.

    Au fait, hier matin je t'ai envoyé quelques graines qui j'espère te plairont. Quelles variété ? Surprise 😀

    Amitiés de Belgique 😉

  2. Julia de Madorre

    Bonsoir Pascal,
    Je suis ravie de ton inscription sur Graines de Troc et surtout que les échanges aient commencé aussi vite 🙂 Oui, petit à petit, "on tombe sous le charme des graines" comme dit Sébastien.
    Rohlala, tu me gâtes Pascal, merci beaucoup beaucoup !! J'ai hâte de découvrir ces petits cadeaux 🙂 J'espère que la tempête en Belgique n'a pas trop fait de dégâts chez toi et que la serre a tenue le coup !
    Belle soirée,
    Amitiés,
    Madorre.

    1. Pascal Ceurtvriend

      Bonjour,
      La tempête n'a pas épargné la serre. le cadre n'a pas bougé , par contre la bâche c'est déchirée et envolée…
      Je vais aller voir un fabricant de auvent pour un devis de réparation et vais voir en même temps sur le net le prix d'une nouvelle bâche pour comparer 🙁
      Bon weekend Julia 🙂

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